Je m’appelle Mustapha Benfodil et je suis l’hôte de la Maison des Auteurs du Festival des Francophonies en Limousin de Limoges. Je suis ici depuis le 9 mai, pour une résidence d’écriture de trois mois. N’étant pas un auteur connu, il ne serait pas anodin, me semble-t-il, de me présenter en quelques lignes, pour étrenner ce blog.
Je viens d’Alger, j’ai 39 ans, et j’ai quelques livres de publiés, la plupart à Alger, chez un éditeur magnifique, en l’occurrence les éditions Barzakh dont vous avez certainement entendu parler, ou alors, vous en entendrez certainement parler. J’ai publié trois romans : Zarta (algérianisme issu d’une déformation du verbe déserter) en 2000 ; ensuite Les Bavardages du Seul en 2003, roman qui reçut le premier prix lors du premier festival du roman qui s’est tenu à Alger en mai 2004 ; et, le dernier : Archéologie du chaos [amoureux], paru en septembre 2007. Côté théâtre, j’ai commis pas mal de pièces, notamment sous l’impulsion du metteur en scène Mustapha Aouar qui dirige ce lieu exceptionnel qu’est Gare-au-Théâtre à Vitry-Sur-Seine, et qui organise chaque été le fameux festival « Nous n’irons pas à Avignon ». En 2005, j’ai pris part à une résidence à Anvers, en Belgique, avec l’admirable Monique Blin qui dirigea de longues années durant – vous le savez sûrement – le Festival des Francophonies en Limousin. J’étais donc parti avec un groupe d’auteurs sous l’égide de Monique en sa qualité de présidente de l’association Ecritures Vagabondes. De cette expérience prodigieuse, je revins avec une pièce : Clandestinopolis. Ce texte a tourné un peu partout. Il s’est même posé en juillet 2006 à La Chapelle du Verbe Incarné, sanctuaire du « off » du festival d’Avignon, le temps d’une mise en lecture étonnante signée Denis Lavant, le tout, grâce au soutien inestimable que m’avait apporté la SACD. En janvier 2008, Clandestinopolis a été éditée par L’Avant-Scène Théâtre, à Paris. La pièce est en voie de création par le truchement d’une jeune compagnie pétulante qui s’est baptisée « Compagnie 109 » (voir le site : www.compagnie109.com), compagnie que dirige un jeune metteur en scène plein d’imagination et d’entrain : Bastien Courthieu. La pièce est produite par mon amie Isabelle Decroix qui se donne un mal fou pour la promotion de ce texte. A signaler enfin que Clandestinopolis sera mise en espace le 3 juin prochain, au Théâtre du Rond-Point, à Paris, dans le cadre des « Mardis midi ». La mise en espace est signée Bastien Courthieu.
Je pourrais peut-être dire aussi quelques mots sur mon travail de journaliste. Je suis diplômé en journalisme, en effet, et j’exerce le métier de reporter depuis 1994. Depuis un peu plus d’une année, je suis journaliste au quotidien El Watan, après avoir servi pendant longtemps à Liberté. Ce sont deux journaux algériens francophones très en vue. En 2003, j’ai couvert la guerre contre l’Irak, et j’en suis revenu avec un petit récit poignant : Les Six derniers jours de Bagdad – Journal d’un voyage de guerre. En 2004, je suis retourné à Bagdad suite à la capture de Saddam Hussein et j’ai sillonné les dix-huit provinces irakiennes. Le 3 mai dernier, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, j’ai été distingué par mes pairs, en Algérie, par le biais de la Fondation El Khabar, du nom du plus grand journal algérien, en me voyant attribuer le prix Omar Ouartilane du meilleur journaliste, en ex-æquo avec un confrère arabophone. Omar Ouartilane fut rédacteur en chef et l’un des membres fondateurs d’El Khabar. Je le croisais alors que j’étais tout jeune dans le métier, debout à l’entrée du journal et grillant une cigarette, l’air ailleurs. Il fut lâchement assassiné le 3 octobre 1995 et je suis honoré de porter un prix affublé de son nom.
Dans toutes les rencontres publiques auxquelles je suis convié, une question lancinante revient, à savoir comment j’arrive à concilier ma passion de la littérature et mon métier de journaliste que je vis comme un sacerdoce. Je dirais que mon rapport au journalisme et un rapport politique, pour ne pas dire….osons le mot : militant. C’est un sentiment d’urgence dans ma présence au monde. C’est un peu à l’image de mon expédition irakienne : j’y suis parti pour des raisons morales, et j’en suis revenu avec un livre de témoignage, pas un roman. La littérature quant à elle, je la vis comme un « reportage du dedans », une aventure intérieure ; comme la chronique de mon aventure personnelle. Emotionnelle. Dans une formule elliptique qui pourrait résumer les choses – sans quoi, on s’engouffrerait dans un débat sans fin – j’ai coutume de dire, pour concilier les deux, que ma démarche consiste à « vampiriser le Réel pour aussitôt le sublimer ». Le journalisme m’apporte ce matériau brut de la condition humaine que je m’emploie ensuite à travailler avec la boîte à outils du Poète.
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Présentement, je travaille sur une autre pièce que j’ai intitulée « Les Borgnes ». A dire vrai, je l’avais commencée lors d’une résidence d’écriture qui eut lieu l’an dernier à Paris sous la férule de l’Aneth (Aux Nouvelles Ecritures Théâtrales) de ma très chère Mireille Davidovici. J’avais même terminé une première mouture de cette pièce qui fut même lue par l’association A Mots Découverts de Michèle Laurence (que je salue chaleureusement) et Michel Cochet. Le débat qui s’ensuivit fut très riche et très instructif. J’ai été démonté mais en même temps, cela m’a permis d’y voir plus clair. C’est d’ailleurs le principe du travail fabuleux que fait A Mots Découverts : permettre aux auteurs d’écouter leur premier jet afin de mieux fignoler leur texte et réparer leurs conneries.
Etant bouffé par mon métier de reporter, et aussi, par les péripéties de la publication de mon troisième roman, je n’ai jamais trouvé le temps de me replonger dans ce texte. Aujourd’hui, je suis résolus à le faire avec, en prime, un ambitieux projet : écrire un roman à partir de cette même trame. Habituellement, on a plutôt tendance à faire l’inverse, c’est à dire adapter un roman au théâtre (ou au cinéma). Là, c’est le contraire – si tant est qu’il s’agisse bien d’une adaptation. Plus qu’un simple et plat travail de recyclage, il s’agit pour moi d’une démarche quasiment expérimentale qui me permettrait d’interroger les ressorts de l’écriture en confrontant les deux modes « narratifs » dans lesquels je suis investi, à savoir l’écriture romanesque et l’écriture dramatique. J’ai observé qu’ici, en France, et même dans d’autres pays, il y a comme un Mur de Berlin entre romanciers et dramaturges. Et quand il y a des choses qui sont distillées de l’autre côté, cela prend généralement la forme d’une collaboration épisodique. Chez nous, en Algérie, il se trouve que le processus de création théâtral est tellement compliqué et les institutions théâtrales tellement fermées aux auteurs que tout le monde s’engouffre dans le roman pour profiter de ses libertés improbables, surtout depuis la formidable effervescence éditoriale que connaît notre pays à partir de l’an 2000. D’ailleurs, je vis une situation pour le moins étrange : je suis romancier en Algérie et dramaturge en France, et cette dichotomie géographique est méticuleusement calquée sur ce manichéisme des genres, avec une précision tatillonne. Vous me voyez, dois-je l’avouer, considérablement triste de ne pouvoir porter ma parole « orale » sur les plateaux et les tréteaux d’Alger. Ce qui explique, dans une large mesure, ma propension compulsive à enchaîner les résidences ces dernières années. Sachez que juste avant Limoges, j’étais l’hôte de la ville de Chenôve, belle commune viticole de l’agglomération dijonnaise et première étape de la célèbre Route des Grands Crus, en Bourgogne. Je viens, en effet, d’y passer deux mois absolument époustouflants couronnés par une aventure scripturale collective baptisée : « Le Roman de Charcot », du nom d’un immeuble qui a été démoli le 17 avril dernier. A l’occasion, j’ai une pensée affectueuse pour Pascale, Nadine, Adrien, Helen, Azzedine et tous les autres, sans oublier les talentueux membres de notre atelier d’écriture.
3 commentaires:
Salut Mustapha !!
Ici Faux la Montagne et Brin de Zinc* Café.
Nous attendons avec impatience le 6 juin pour le vrai départ de cette aventure Médias-Fictions.
Nous avons bien envie de partager ta joie et ton énergie à écrire.
Bienvenue sur le plateau !
Bonjour Jean-Jacques,
Merci beaucoup pour ton dynamisme contagieux et ta bonne humeur généreuse. Il me tarde moi aussi d'entamer cet atelier avec toi et tous nos amis de Faux-la-Montagne. Cela promet une aventure passionnante.
Au vendredi 6 donc...
Mustapha
Bonjour Monsieur Mustapha Benfodil, j'admire vraiment vôtre parcours et vôtre plume! même si nous sommes opposées par certaines idées, je reconnais en vous une honnêteté intellectuelle, une rectitude et une droiture assez rare chez nous.
Je me suis permis de reprendre un de vos articles sur mon blog.
Je tiens a vous exprimer mon profond respect, et vous souhaite bonne continuation!
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